Les générations futures
À mon tour d’être grand-mère ! Et de la plus belle des petites-filles du monde. Dans le train qui me ramène de Berne, après une semaine de session, j’apprends avec joie qu’elle attend mon retour avant de pointer le bout de son joli nez. Après quelques heures de patience, ça y est, on peut enfin lui souhaiter la bienvenue sur cette terre.
Je la prends dans mes bras, je la berce, elle fronce les sourcils . A-t-elle déjà conscience des difficultés de ce monde ou se plaint-elle simplement de toute l’agitation qui l’entoure ? Dans une confusion de sentiments, entre ma semaine parlementaire et mon bonheur d’être grand-mère, je me rends compte que les décisions du Parlement ou je siège façonneront l’avenir de cette petite créature, occupée pour l’instant à contracter ses intestins.
Cette responsabilité occupe particulièrement mon esprit depuis dix jours. Bien entendu, je ne prenais pas mes décisions à la légère auparavant. J’ai toujours fait de la politique pour l’ensemble de la société. Je peux simplement mettre aujourd’hui un visage sur ce qu’on appelle « les générations futures ».
Et c’est en pensant à ces générations futures que j’ai eu la nausée lors du débat xénophobe sur l’asile au Conseil national. Quelles valeurs allons-nous leur transmettre lorsqu’une majorité s’accorde pour considérer que les personnes persécutées dans leur pays ne méritent pas notre aide ? Quel exemple leur donnons-nous lorsque nous considérons qu’il est préférable de faire souffrir un être humain en le gardant séparé de sa famille ? Quelle importance donne-t-on à la condition humaine quant nous traitons nos semblables moins bien que nos animaux de compagnie ?
La lâcheté des propos des membres du PLR et du PDC qui, pour une poignée de voix de plus, s’affaissent benoîtement devant les thèses racistes de l’UDC, rappelle les pages les plus sombres de notre histoire. Un ancien collègue du Parlement, libéral jusqu’au bout des ongles, a d’ailleurs vertement rappelé à son groupe que c’est parce que les formations bourgeoises avaient renoncé à leurs convictions que les nazis avaient pu accéder au pouvoir en 1933. Malgré ses injonctions, ses collègues ont soutenu des mesures scandaleuses, telles que l’abolition de l’aide sociale au profit de l’aide d’urgence, soit une dizaine de francs. Pire encore, la détention administrative dans des baraquements entourés de barbelés, a failli convaincre la majorité. Frissons, en pensant que l’Histoire pourrait se répéter.
Je cherche en vain une lueur d’espoir, une note positive pour terminer ce texte. Las. En ce mois où ma petite-fille a vu le jour, la Suisse semble renoncer à ses valeurs. Quel lourd passif nous laissons sur ses minuscules épaules. Après des décennies de progrès social et moral, les jeunes devront probablement se battre autant que nous – et peut-être même plus ! - pour que notre pays puisse devenir garant du bien vivre ensemble.
Bien sûr, notre combat n’est pas terminé et c’est de toutes nos forces que nous continuerons à lutter, jour après jour, au Parlement comme dans la rue, contre toute forme d’injustice ou de discrimination.
Et en guise de note positive, puisqu’il y en a une finalement, gageons que ce froncement de sourcils fut son premier acte politique et que ma petite-fille chérie s’engagera, sous une forme ou sous une autre, pour un monde plus tendre et moins égoïste.







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