09.10.2007 | Carlo Sommaruga, conseiller national GE
A la chute du Mur de Berlin en 1989, il a été affirmé péremptoirement que l’histoire prenait fin. La victoire définitive de l’économie de marché capitaliste et le primat de l’économie sur le politique et devenaient les leitmotivs des néolibéraux. Avec l’échec des régimes autoritaires du socialisme réel, l’ensemble des projets politiques et économiques se réclamant du socialisme, voire même de la social-démocratie, étaient vilipendés et stigmatisés. Toutes les figures porteuses des valeurs socialistes étaient violemment critiquées et délégitimées. Aux yeux des porteurs d’eau de la pensée unique, seuls étaient bons les quelques sociaux-démocrates qui avaient abandonné la revendication fondamentale d’une autre société, fondée sur la solidarité et la justice sociale, dépassant le capitalisme.
Au grand dam des idéologues du néo-libéralisme, la résistance à la domination mondiale de l’ordre néolibéral s’est manifestée ici et là, pour s’organiser progressivement aussi à l’échelle planétaire. En Suisse, le combat référendaire de la gauche et des syndicats contre la loi sur le marché de l’électricité (LME) avec la victoire devant le peuple en 2002 à 52,6% s’inscrit certainement dans cette résistance. Mais la résistance contre les « évidences néolibérales » s’est nourrie de toutes les luttes locales au Sud comme au Nord : Les paysans indiens refusant de planter le coton transgénique, les citoyens boliviens se soulevant contre les multinationales de l’eau privatisée, les résidants des slums kényans s’opposant aux expulsions destinée à assurer l’aménagement de nouveaux quartiers huppés, les nonistes français et belges refusant le projet de constitution européenne néolibérale, les soulèvements populaires au Mexique, les occupations de terres par le Mouvement des sans terre (MST) au Brésil, etc. Le surgissement des forums sociaux mondiaux, régionaux et locaux ont donné l’occasion de mettre en réseau les actions, mais surtout les idées, jusque là atomisées et éclatées, de celles et ceux qui étaient engagés aux coté de la société civile pour obtenir la primauté du droit à la vie et à la dignité sur le droit au profit. Les espaces idéologues des forums sociaux ont ouvert à nouveau la perspective politique d’une transformation sociale à l’échelle planétaire : un autre monde est possible.
Au cœur de ce mouvement altermondialiste, la figure du Che est omniprésente. Cette présence n’est pas celle d’un idéologue ou d’un «comandante», mais celle d’un homme libre qui a su jusqu’à son dernier souffle porter l’espoir de la transformation radicale de la société et conserver une cohérence entre la pensée et l’action. Cette figure est d’autant plus forte que la marchandisation de son image et de son nom - que l’on retrouve tant sur des Swatch que sur des chaussures ou encore des produits vestimentaires, voire même alimentaires - n’a pas réussi à le réduire à un simple objet de consommation. Bien au contraire, les marchandises sont récupérées par celles et ceux qui font de cette figure le symbole de leur ralliement contre l’ordre économique dominant et le pouvoir qui y est associé. Cette marchandisation du Che, plutôt que de le délégitimer, maintient vivant son esprit prenant au piège ses détracteurs. Son effigie sur les T-shirt en Europe, en Afrique, en Amérique latine rappelle de fait inlassablement son internationalisme.
Les multiples commémorations de la mort du Che, notamment en Suisse, comme celle de Genève que j’ai eu le plaisir d’animer aux cotés de Jean Ziegler devant près de 200 personnes, montre l’énorme sympathie que rencontre le Che 40 ans après sa mort chez les anciens, mais aussi chez les jeunes.
Oui, le Che anime encore la résistance et l’espérance d’une société construite sur un socialisme humain et d’un autre monde juste et libre.