{"id":56728,"date":"2018-08-07T00:00:00","date_gmt":"2018-08-06T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/test.sp-ps.ch\/artikel\/incendiaires-ou-batisseurs-europeens-la-suisse-doit-choisir\/"},"modified":"2022-08-14T09:47:50","modified_gmt":"2022-08-14T07:47:50","slug":"incendiaires-ou-batisseurs-europeens-la-suisse-doit-choisir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/artikel\/incendiaires-ou-batisseurs-europeens-la-suisse-doit-choisir\/","title":{"rendered":"Incendiaires ou b\u00e2tisseurs europ\u00e9ens\u2009: la Suisse doit choisir"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"56728\" class=\"elementor elementor-56728\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-62f3ca64e6407 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"62f3ca64e6407\" data-element_type=\"section\" data-settings=\"{&quot;jet_parallax_layout_list&quot;:[]}\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-no\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-62f3ca64e6409\" data-id=\"62f3ca64e6409\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-62f3ca64e4943 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"62f3ca64e4943\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>&nbsp;<p><strong>La contestation nationaliste de l&rsquo;int&eacute;rieur<\/strong><\/p><p>La critique int&eacute;rieure reproche &agrave; l&rsquo;Union de&nbsp;brimer les nations europ&eacute;ennes. Selon la phras&eacute;ologie nationaliste, elle emp&ecirc;cherait le retour d&rsquo;un paradis perdu, suppos&eacute; avoir exist&eacute; dans un pass&eacute; r&eacute;cent. Sans craindre les contradictions, les nationalistes somment cette UE qu&rsquo;ils&nbsp;d&eacute;testentde r&eacute;soudre&nbsp;les probl&egrave;mes les plus difficiles, comme la faiblesse&nbsp;&eacute;conomique du sud de l&rsquo;Europe, les d&eacute;s&eacute;quilibres de l&rsquo;euro ou la question migratoire.&nbsp;Bloquant eux-m&ecirc;mes sans vergogne la recherche de solutions, ils fustigent ensuite l&rsquo;Union europ&eacute;enne, accus&eacute;e d&rsquo;impuissance.&Agrave; c&ocirc;t&eacute; de la x&eacute;nophobie, ces strat&eacute;gies destructricesconstituent un de leurs carburants&eacute;lectoraux pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s.<\/p><p>Les nationalistes r&eacute;trogrades et les populistes d&rsquo;extr&ecirc;me droite disposent d&rsquo;une force de plus en plus inqui&eacute;tante.&nbsp;Ils dominent d&eacute;sormais&nbsp;de nombreux pays, comme l&rsquo;Italie, l&rsquo;Autriche, la Pologne, la Hongrie, par exemple. Dans bien d&rsquo;autres pays,ces europhobescontaminent peu&nbsp;&agrave; peules partis classiques. On le voit en Allemagne avec la course poursuite entre la CSU et l&rsquo;AfD.&nbsp;On conna&icirc;t bien ce ph&eacute;nom&egrave;neen Suisse, avec l&rsquo;alignement progressif d&rsquo;une bonne partie de la droite sur l&rsquo;UDC.&nbsp;<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>L&rsquo;attaque&nbsp;populiste de l&rsquo;ext&eacute;rieur<\/strong><\/p><p>Les attaques ext&eacute;rieures&nbsp;ob&eacute;issent en apparence&agrave;une logique diff&eacute;rente&thinsp;: Trump et consorts reprochent principalement&nbsp;&agrave; l&rsquo;Union europ&eacute;enne&nbsp;de chercher&nbsp;&agrave; r&eacute;soudre collectivement les probl&egrave;mes de notre temps, comme le r&eacute;chauffement climatique, le sous-d&eacute;veloppement des pays pauvres ou encore&nbsp;les foyers de guerre. Simultan&eacute;ment, ils attaquent les valeurs europ&eacute;ennes, notamment la protectiondes Droits fondamentaux et la d&eacute;fensed&rsquo;une d&eacute;mocratie exigeante. Bref, les finalit&eacute;s de l&rsquo;Europe manqueraient detestost&eacute;rone et&nbsp;celle-ci aurait tort de chercher&nbsp;&agrave; imposer des r&egrave;gles pourtant indispensables dans un monde globalis&eacute;depuis des d&eacute;cennies. La critique externe refl&egrave;te fondamentalement l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;avenir est au &laquo;&nbsp;chacun pour soi&nbsp;&raquo;, dans un monde o&ugrave;doit triompher la loi du plus fort.&nbsp;<\/p><p>La toxicit&eacute; de Trump et de ses acolytes sur l&rsquo;architecturemondiale en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute;, de coop&eacute;ration et d&rsquo;&eacute;conomie n&rsquo;est plus &agrave; d&eacute;montrer. Gravissime, la sortie des USA de l&rsquo;accord sur le climat n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;un avant-go&ucirc;t de ce qui nous attend.Syst&eacute;matique, la contestation&nbsp;du multilat&eacute;ralisme risque de produire des effets calamiteux au plan politique, mais aussi &eacute;conomique et social.<\/p><p>En r&eacute;alit&eacute;, ces deux types d&rsquo;attaques, int&eacute;rieure et ext&eacute;rieure,rel&egrave;vent de la m&ecirc;me vision du monde&thinsp;:&nbsp;nationalisme, isolationnisme, protectionnisme, pr&eacute;dominancede la force,&nbsp;&eacute;go&iuml;sme, sexisme, racisme, c&rsquo;est-&agrave;-dire une attitude exactement inverse &agrave; celle d&eacute;velopp&eacute;e par l&rsquo;Europe depuis le Trait&eacute; deRome de 1957. D&rsquo;ailleurs, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieurde leur pays, les autocrates&nbsp;&agrave; la Trump m&egrave;nent la m&ecirc;me politique&nbsp;que les nationalistes europ&eacute;ens.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>L&rsquo;implosion est possible<\/strong><\/p><p>L&rsquo;histoire nous enseigne que le pire est toujours possible. Le danger est que ces attaques, int&eacute;rieure et ext&eacute;rieure, se conjuguent et finissent par provoquer une implosion de l&rsquo;Union europ&eacute;enne. Le d&eacute;clencheur pourrait &ecirc;tre une s&eacute;rie de d&eacute;constructions frontales, telle une &eacute;pid&eacute;mie de ruptures du type Brexit. Ou alors une crise mat&eacute;rielle. On pense par exemple &agrave; un blocage institutionnel, &agrave; une d&eacute;route mon&eacute;taire ou &agrave; une impasse budg&eacute;taire que les &Eacute;tats membres et les institutions europ&eacute;ennes n&rsquo;auraient plus la force ou la volont&eacute; de surmonter. Les limites juridiques et pratiques des institutions europ&eacute;ennes ne sont gu&egrave;re rassurantes &agrave; cet &eacute;gard.<\/p><p>Avant d&rsquo;analyserles cons&eacute;quences d&rsquo;une &eacute;ventuelleimplosion, il convient d&rsquo;examiner&nbsp;bri&egrave;vement une&nbsp;troisi&egrave;mesorte de critique, celle d&rsquo;extr&ecirc;me gauche. Celle-ci ne pr&eacute;tend contester que&nbsp;le contenu de la politique europ&eacute;enne, mais pas le principe m&ecirc;me de l&rsquo;int&eacute;gration. Elle estime que les orientations de l&rsquo;Unioneurop&eacute;enne sont trop lib&eacute;rales&thinsp;: parexemple en mati&egrave;re de service public ou de budget. Cette vision oublie que les choix de l&rsquo;Union refl&egrave;tent ceux des &Eacute;tats qui la composent. Et surtout,&nbsp;cette critique&nbsp;&ndash; bien que th&eacute;oriquement constructive et parfois tout &agrave; fait fond&eacute;e &ndash;pourrait acc&eacute;l&eacute;rer le processus de d&eacute;litement en entrant en r&eacute;sonnance avec&nbsp;les attaques&nbsp;&eacute;voqu&eacute;es ci-dessus.&nbsp;Le risque est d&rsquo;autant plus grand que les convergences tactiques entre une partie de l&rsquo;extr&ecirc;me gauche souverainiste et l&rsquo;extr&ecirc;me droite nationaliste sont bien r&eacute;elles.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>Un naufrage et beaucoup de perdants<\/strong><\/p><p>Si l&rsquo;Union europ&eacute;enne devait sombrer, et avec elle la monnaie unique, les accords de Schengen, ceux de Dublin et de nombreuses autres coop&eacute;rations, il est permis de douter que notre continent, Suisse comprise, se porterait mieux. La grande &eacute;poque des rivalit&eacute;s nationalistes n&rsquo;a pas laiss&eacute; un souvenir extraordinaire en Europe. Et un &eacute;ventuel retour &agrave; l&rsquo;architecture h&eacute;rit&eacute;e du XIXe&nbsp;si&egrave;cle n&rsquo;est pas fait pour rassurer. Par contre, il est certain que, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;int&eacute;gration europ&eacute;enne, notre continent a v&eacute;cu une p&eacute;riode de paix et de prosp&eacute;rit&eacute; sans pr&eacute;c&eacute;dent. Mais surtout, il est &eacute;vident que, laiss&eacute;s &agrave; eux-m&ecirc;mes et isol&eacute;s, les &Eacute;tats europ&eacute;ens ne parviendraient pas &agrave; g&eacute;rer les d&eacute;fis globaux de notre &eacute;poque, comme le r&eacute;chauffement climatique, l&rsquo;&eacute;vasion fiscale, la question migratoire ou la s&eacute;curit&eacute;.<\/p><p>Contrairement aux fantasmes des nationalistes et d&rsquo;une certaine extr&ecirc;me gauche, la dissolution de l&rsquo;UE et de l&rsquo;Euro ne conduirait pas au retour des Trente glorieuses, pour de multiples raisons. Premi&egrave;rement, la croissance inou&iuml;e de cette &eacute;poque a d&rsquo;abord r&eacute;sult&eacute; de l&rsquo;imp&eacute;rieuse n&eacute;cessit&eacute; de reconstruire au plus vite un monde ruin&eacute; par la guerre. Deuxi&egrave;mement, l&rsquo;&eacute;conomie se heurte aujourd&rsquo;hui &agrave; l&rsquo;&eacute;puisement des ressources naturelles. La fuite en avant vers une croissance illimit&eacute;e est un mod&egrave;le d&eacute;sormais physiquement impossible. Raison pour laquelle une r&eacute;partition plus &eacute;quitable des ressources &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des pays et entre les pays est devenue n&eacute;cessaire. Troisi&egrave;mement, la dissolution des structures europ&eacute;ennes ne fermerait pas les fronti&egrave;res, mais laisserait les &Eacute;tats europ&eacute;ens ballott&eacute;s sur les eaux sauvages d&rsquo;une &eacute;conomie globalis&eacute;e. Avec une comp&eacute;tition f&eacute;roce au moins-disant social et fiscal. En clair, peu ou prou le monde selon Donald Trump.&nbsp;<\/p><p>Dans le domaine de la migration, la disparition des accords de Dublin ne r&eacute;soudrait aucun probl&egrave;me. Elle en cr&eacute;erait au contraire de nouveaux, par exemple le fait que les demandeurs d&rsquo;asile d&eacute;poseraient successivement une requ&ecirc;te dans plusieurs pays. Ce qui ne leur offrirait ni perspective de vie digne en Europe ni perspective de retour.&nbsp;<\/p><p>Enfin, en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute; publique et de justice, la dissolution de Schengen et le retour &agrave; l&rsquo;&eacute;poque bureaucratique d&rsquo;Interpol transformeraient le continent europ&eacute;en en paradis de la criminalit&eacute; organis&eacute;e. Le r&eacute;tablissement d&rsquo;une surveillance herm&eacute;tique des dizaines de milliers de kilom&egrave;tres de fronti&egrave;re entre les &eacute;tats europ&eacute;ens par des douaniers est totalement irr&eacute;aliste &agrave; l&rsquo;heure de WhatsApp, Google Maps ou d&rsquo;Uber. Sans parler du fait que l&rsquo;abolition de la libre circulation des personnes et de Schengen constituerait une incroyable restriction de leur libert&eacute; de mouvements pour cinq cents millions d&rsquo;Europ&eacute;en-ne-s.&nbsp;<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>Apr&egrave;s l&rsquo;implosion, les nationalistes aux commandes<\/strong><\/p><p>Par ailleurs, ne l&rsquo;oublions pas, une hypoth&eacute;tique implosion de l&rsquo;Union europ&eacute;enne serait accompagn&eacute;e d&rsquo;une domination des nationalistes, fermement assis aux commandes de nombreux pays. Autrement dit, la question d&rsquo;une &eacute;ventuelle disparition de la construction europ&eacute;enne n&rsquo;oblige pas seulement &agrave; se demander quelles coop&eacute;rations seraient perdues, mais par quoi elles seraient remplac&eacute;es. Bref, que deviendrait le continent en mains de nationalistes exer&ccedil;ant leur art sans contrainte&thinsp;?<\/p><p>L&rsquo;impuissance et la gesticulation du nouveau gouvernement italien donnent un avant-go&ucirc;t d&rsquo;une telle perspective. &Agrave; l&rsquo;&eacute;vidence, la plupart des promesses faites aux &eacute;lecteurs ne seront pas tenues, car celles-ci sont en contradiction totale les unes par rapport aux autres. Les nationalistes sont impuissants &agrave; r&eacute;soudre le moindre probl&egrave;me. Lorsqu&rsquo;ils arrivent au pouvoir, ou parviennent &agrave; imposer leurs propositions en votation s&rsquo;agissant de la Suisse, ils n&rsquo;ont qu&rsquo;un objectif&thinsp;: se d&eacute;fausser de leurs responsabilit&eacute;s et chercher des boucs &eacute;missaires pour expliquer les complications dues &agrave; leur succ&egrave;s.<\/p><p>Le chaos d&eacute;clench&eacute; par le Brexit ou, en Suisse par l&rsquo;initiative UDC &laquo;&thinsp;contre l&rsquo;immigration de masse&thinsp;&raquo;, montre combien ces partis ne sont pas int&eacute;ress&eacute;s aux solutions. La r&eacute;cente fuite de Boris Johnson est aussi embl&eacute;matique d&rsquo;une telle attitude.<\/p><p>Si certains gouvernements populistes antieurop&eacute;ens, comme en Pologne et Hongrie, surfent sur une vague de succ&egrave;s &eacute;conomique, ils le doivent paradoxalement &agrave; la dynamique que l&rsquo;appartenance &agrave; l&rsquo;Union europ&eacute;enne leur procure. On mesure &agrave; ce constat l&rsquo;hypocrisie de leurs critiques contre l&rsquo;int&eacute;gration.<\/p><p>Bien entendu, ces gouvernants populistes n&rsquo;utilisent pas leur marge de man&oelig;uvre interne pour r&eacute;soudre les probl&egrave;mes concrets auxquels est confront&eacute;e la population, notamment sur le plan social. Au contraire, ils enclenchent la machinerie classique de l&rsquo;extr&ecirc;me droite pour se maintenir au pouvoir&thinsp;: stigmatisation des minorit&eacute;s, mise au pas des opposants politiques, attaque des institutions judiciaires, invention d&rsquo;ennemis ext&eacute;rieurs, d&eacute;nigrement des m&eacute;dias, etc.<\/p><p>Au passage, on notera que les nationalistes d&eacute;montrent &agrave; leur insu qu&rsquo;un &Eacute;tat de taille moyenne agissant isol&eacute;ment n&rsquo;a quasiment aucune emprise sur les probl&egrave;mes globaux, par exemple la s&eacute;curit&eacute;, les migrations ou le climat.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>L&rsquo;espoir d&rsquo;un renforcement de l&rsquo;Union europ&eacute;enne<\/strong><\/p><p>Au vu de ces constats, il faudrait &ecirc;tre fou pour se r&eacute;jouir d&rsquo;une &eacute;ventuelle implosion de l&rsquo;UE. Face aux forces destructrices, mon espoir, comme socialiste et comme Suisse, est que l&rsquo;on parvienne &agrave; renforcer l&rsquo;Union europ&eacute;enne, sa capacit&eacute; d&eacute;cisionnelle et sa l&eacute;gitimation d&eacute;mocratique. Trois r&eacute;cents exemples montrent que lorsqu&rsquo;elle dispose des pr&eacute;rogatives n&eacute;cessaires et qu&rsquo;il se trouve une majorit&eacute; politique pour les utiliser &agrave; bon escient, l&rsquo;Union produit d&rsquo;excellents r&eacute;sultats&thinsp;: au cours des derniers mois, elle a d&eacute;cid&eacute; les renforcements significatifs de la protection des donn&eacute;es, de la protection des travailleurs d&eacute;tach&eacute;s et de la politique climatique. Il est int&eacute;ressant de constater que ces trois dossiers de premi&egrave;re importance ont progress&eacute; largement sous l&rsquo;impulsion du Parlement europ&eacute;en. Celui-ci est d&eacute;sormais souvent le d&eacute;positaire de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral, un r&ocirc;le qui &eacute;tait pourtant th&eacute;oriquement d&eacute;volu &agrave; la Commission.&nbsp;<\/p><p>Fondamentalement, les institutions europ&eacute;ennes sont encore trop faibles par rapport aux responsabilit&eacute;s objectives qu&rsquo;elles doivent assumer, notamment au plan &eacute;conomique et mon&eacute;taire ou de la politique ext&eacute;rieure. Il est urgent de les renforcer, en particulier pour la gouvernance &eacute;conomique&thinsp;: presque tous les sp&eacute;cialistes, y compris d&rsquo;ailleurs les architectes de la zone euro, s&rsquo;accordent pour dire qu&rsquo;une monnaie d&eacute;pourvue de budget central, de capacit&eacute;s d&rsquo;endettement et de stabilisateurs macro-&eacute;conomiques (assurance-ch&ocirc;mage) ne peut fonctionner de mani&egrave;re ad&eacute;quate. C&rsquo;est l&rsquo;un des grands m&eacute;rites du pr&eacute;sident Macron que d&rsquo;avoir remis cette question &agrave; l&rsquo;agenda. Pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est la Banque centrale europ&eacute;enne qui a compens&eacute; ces carences, mais il ne s&rsquo;agit d&rsquo;une solution ni durable ni d&eacute;mocratiquement satisfaisante.<\/p><p>&Agrave; l&rsquo;&eacute;vidence, sans la coop&eacute;ration constructive des &Eacute;tats membres, il sera impossible de r&eacute;soudre les grands d&eacute;fis de notre temps. Mais sans un cadre europ&eacute;en solide &ndash; qui ne peut-&ecirc;tre qu&rsquo;une UE renforc&eacute;e &ndash; bien des efforts seront vains. Si les Europ&eacute;en-ne-s veulent avoir une emprise sur le cours du monde, du climat &agrave; la lutte contre la pauvret&eacute; en passant par la ma&icirc;trise de la digitalisation, un &eacute;chelon europ&eacute;en fort est indispensable.&nbsp;<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>L&rsquo;UE pourrait &ecirc;tre leader pour le d&eacute;veloppement de l&rsquo;Afrique<\/strong><\/p><p>L&rsquo;immigrationobs&egrave;de certains pans de l&rsquo;opinion publique, ce qui n&rsquo;est gu&egrave;resurprenant. Par nature, l&rsquo;&ecirc;tre humain craint souvent ce qu&rsquo;il ne conna&icirc;t pas. &Agrave; tort, la similitude rassure, alors que la diff&eacute;rence inqui&egrave;te. La crainte des&nbsp;&laquo;&thinsp;invasions barbares&thinsp;&raquo;est un fantasme r&eacute;current des soci&eacute;t&eacute;s qui croient prot&eacute;ger leur culture et leur prosp&eacute;rit&eacute; par le refus de l&rsquo;ext&eacute;rieur. C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment sur ces &eacute;motions anxiog&egrave;nes que s&rsquo;appuient les nationalistes pour conqu&eacute;rir le pouvoir.<\/p><p>Or, le ph&eacute;nom&egrave;ne et ses causes existent en r&eacute;alit&eacute; depuis la nuit des temps. Les migrants fuient des conditions de vie inacceptables en termes &eacute;conomiques ou de s&eacute;curit&eacute;. La globalisation de l&rsquo;information et le d&eacute;veloppement des moyens de transport renforcent naturellement les mouvements de population sur la plan&egrave;te. M&ecirc;me si objectivement une certaine immigration coupl&eacute;e &agrave; une int&eacute;gration r&eacute;ussie serait de nature &agrave; consolider les &eacute;quilibres &eacute;conomiques et sociaux en Europe, force est de constater que la majorit&eacute; de la population se focalise sur des &eacute;motions n&eacute;gatives.&nbsp;<\/p><p>En r&eacute;alit&eacute;, la seule r&eacute;ponse intelligente au d&eacute;fi migratoire consiste &agrave; soutenir l&rsquo;Afrique dans son d&eacute;veloppement &eacute;conomique et social, tout en stabilisant les foyers de conflits. Cela pourrait devenir l&rsquo;une des missions historiques de l&rsquo;Union europ&eacute;enne. Elle seule offre la taille critique pour relever ce d&eacute;fi. En outre, elle a l&rsquo;avantage de ne pas souffrir, en tant qu&rsquo;institution, d&rsquo;un pass&eacute; colonial. Enfin les exp&eacute;riences mitig&eacute;es des &Eacute;tats africains avec le n&eacute;o-colonialisme chinois actuel ouvrent une fen&ecirc;tre d&rsquo;opportunit&eacute;.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p><strong>Et la Suisse&thinsp;?&nbsp;<\/strong><\/p><p>Quel r&ocirc;le pour la Suisse dans ce contexte p&eacute;rilleux&thinsp;? Fondamentalement, la Suisse a vocation &agrave; participer au projet europ&eacute;en. Ses valeurs sont les n&ocirc;tres et les attaques externes contre l&rsquo;Union le d&eacute;montrent &agrave; qui en douterait encore. Dans cette optique, l&rsquo;adh&eacute;sion ne doit pas &ecirc;tre &laquo;&nbsp;tabouis&eacute;e&nbsp;&raquo;, m&ecirc;me si l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une majorit&eacute; soutenant cet objectif n&rsquo;est pas une perspective de court terme. Il reste que seule une pr&eacute;sence de la Suisse dans les instances europ&eacute;ennes en tant que membre de plein droit est de nature &agrave; permettre une d&eacute;fense efficace et digne de ses int&eacute;r&ecirc;ts.<\/p><p>Mais surtout, il serait temps que la Suisse officielle surmonte sa critique visc&eacute;rale de l&rsquo;existence m&ecirc;me de l&rsquo;Union europ&eacute;enne. Ce d&eacute;nigrement permanent empoisonne nos relations avec l&rsquo;Union et ses &Eacute;tats membres. Cette attitude n&eacute;gative remonte &agrave; la cr&eacute;ation de l&rsquo;Association europ&eacute;enne de libre-&eacute;change (AELE), con&ccedil;ue en 1960 pour contrecarrer la communaut&eacute; europ&eacute;enne naissante. Une strat&eacute;gie adopt&eacute;e sous l&rsquo;impulsion du Royaume-Uni, avant que ce celui-ci ne change de camp en adh&eacute;rant &agrave; l&rsquo;UE pour une quarantaine d&rsquo;ann&eacute;es. Je vois beaucoup d&rsquo;indignit&eacute; dans l&rsquo;hypocrisie consistant &agrave; profiter au maximum de l&rsquo;Union europ&eacute;enne tout en esp&eacute;rant &ndash; un peu et en secret &ndash; son &eacute;chec. Si la Suisse sortait de sa logique consistant toujours &agrave; vouloir dribbler les Europ&eacute;ens, elle pourrait regagner leur confiance et obtenir des accords plus favorables sur des points centraux, parmi lesquels le maintien de son autonomie en mati&egrave;re de mesures d&rsquo;accompagnement.&nbsp;<\/p><p>Aujourd&rsquo;hui, je me demande bien ce qui emp&ecirc;che le Conseil f&eacute;d&eacute;ral de dire clairement qu&rsquo;il se r&eacute;jouit de l&rsquo;existence de l&rsquo;Union europ&eacute;enne et qu&rsquo;il appelle de ses v&oelig;ux son renforcement&thinsp;! La communaut&eacute; de valeurs et d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts entre la Suisse et l&rsquo;Europe est &eacute;vidente. Dans la situation europ&eacute;enne et mondiale actuelle, qui ressemble &agrave; un alignement de barils de poudre, il faut choisir son camp&thinsp;: les incendiaires ou les b&acirc;tisseurs&thinsp;!&nbsp;<\/p><p>La Suisse doit consolider ses rapports avec l&rsquo;Union europ&eacute;enne, d&rsquo;une part dans son propre int&eacute;r&ecirc;t, qui est d&rsquo;&eacute;viter &agrave; tout prix de glisser dans une marginalisation de type Brexit. D&rsquo;autre part, pour marquer son soutien aux efforts europ&eacute;ens de coop&eacute;rations intelligentes sur notre continent.<\/p><p><em>In fine<\/em>, la Suisse poursuit globalement les m&ecirc;mes objectifs que l&rsquo;Union europ&eacute;enne, avec les m&ecirc;mes visions humanistes de la soci&eacute;t&eacute;. Autrement dit, elle a un int&eacute;r&ecirc;t fondamental&nbsp;au succ&egrave;s de cette derni&egrave;re et de ses politiques.&nbsp;L&rsquo;av&egrave;nement de Donald Trumpa totalement d&eacute;truitle fantasme consistant&agrave; remplacer notre ancrage europ&eacute;en par un tissud&rsquo;accords commerciaux avec le monde entier. C&rsquo;est la douloureuse exp&eacute;riencefaite par les &laquo;&nbsp;Brexiters&nbsp;&raquo;. Il est pr&eacute;visiblequ&rsquo;ils en feront bient&ocirc;t une seconde&thinsp;: laconfrontation permanente avec ses voisins et partenaires&nbsp;est une strat&eacute;gie suicidaire. Dans ce sens, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative fructueuse au renforcement courageux de la constructionet&nbsp;de la coop&eacute;rationeurop&eacute;enne.&nbsp;<\/p><\/p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La contestation du projet europ\u00e9en se manifeste \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur. En interne, elle est le fait des nationalistes comme Salvini, Orban ou Le Pen. En externe, ce sont les Trump, Poutine et autre Erdogan qui m\u00e8nent le bal. Le d\u00e9nigrement devient syst\u00e9matique et tout y passe\u2009: le principe m\u00eame d\u2019une construction commune, sa multiculturalit\u00e9 et l\u2019Union comme institution. Le risque d\u2019une implosion est \u00e0 prendre au s\u00e9rieux. Pour l\u2019\u00e9viter, il convient d\u2019analyser ces critiques, tout en affirmant, en tant que socialiste et Suisse, que l\u2019Union doit \u00eatre renforc\u00e9e. Dans le contexte mondial actuel, de plus en plus dangereux, la Suisse doit surmonter son aversion visc\u00e9rale de l\u2019UE.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"cpt-channel":[2750],"class_list":["post-56728","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee","cpt-channel-lignes-rouges"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56728"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":69700,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56728\/revisions\/69700"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56728"},{"taxonomy":"cpt-channel","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sp-ps.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cpt-channel?post=56728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}