Sécurité signifie absence de menaces sur les valeurs clés des individus, groupes ou Etats. Les événements ou évolutions qui mettent en cause le fonctionnement de notre société sont considérés comme des menaces qu'il faut contrer dans le cadre de la politique de sécurité. Dans le passé, la sécurité se rapportait en principe à l'Etat. Aujourd'hui, la discussion s'est élargie: d'une part, la priorité n'est plus donnée aux valeurs abstraites telles que l'intégrité de l'Etat ou sa souveraineté mais aux humains eux-mêmes. D'autre part, pour ce qui concerne les formes des menaces, on ne se cantonne plus exclusivement aux menaces potentielles extérieures aux frontières nationales. La transition de la politique de sécurité " étatique " à la politique de sécurité " humaine " rend la séparation stricte entre intérieur et extérieur obsolète. La vision principalement militaire fait de plus en plus place à une vision globale.
En Europe occidentale, la criminalité dans son ensemble tend à baisser ou est du moins stable. De doute évidence, on constate aussi des changements dans la structure des délits au sein de la problématique de la criminalité. En Europe occidentale, les délits financiers baissent depuis les années 1990 tandis que les actes de violence, principalement les coups et blessures et les viols (à l'exception des homicides) tendent à augmenter.
Les cercles politiques ainsi que les particuliers se plaisent à prétendre que la criminalité est en hausse en Suisse. Cette affirmation est fausse: l'évolution du nombre de dénonciations pénales et de jugements pénaux ne permet pas de déceler de scénario dangereux, comme dans les pays voisins. La Suisse apparaît toujours très peu affectée dans la comparaison européenne. Le nombre des dénonciations enregistrées oscille autour de 300 000 par an. On ne décèle pas de tendance à l'augmentation ou à la baisse ces dernières années. Si l'on compare le nombre des dénonciations à l'évolution de la population, on constate que la criminalité en 2003 est légèrement plus faible qu'il y a dix ans.
On obtient un résultat similaire quand on considère les condamnations. Par comparaison à 1984, le nombre des condamnations pénales est stable voire en léger recul. A l'inverse, les condamnations en vertu de la loi sur les stupéfiants et la circulation routière augmentent.
Dans le domaine de la criminalité économique le nombre et la gravité des délits préoccupent moins la population que l'impunité. La justice suisse a manifestement des difficultés à porter les délits de ce type devant les tribunaux dans les délais légaux, raison pour laquelle la prescription met souvent un terme insatisfaisant à des procédures pénales.
Il existe une nette différence entre la criminalité réelle et à l'idée que s'en fait la population. La population estime toujours que la criminalité augmente. Les mass média participent à cette idée fausse en donnant une place démesurée à certains crimes par sensationnalisme. Les autorités y contribuent aussi en n'établissant pas le lien entre les statistiques absolues et la croissance de la population. Le sentiment de sécurité de la population se fonde davantage sur la perception subjective que sur des faits objectifs, raison pour laquelle la divergence décrite pèse son poids. A fortiori, le besoin pour la population de sanctionner les criminels ne correspond pas à la pratique pénale et aux valeurs usuelles mais est déterminée par le propre sentiment de sécurité ou d'insécurité.
Selon une enquête des Nations Unies, les trois quarts des Suisses se sentent en sécurité. Cette proportion est valable pour toute l'Europe occidentale. La situation est différente en Europe occidentale: seules 49% des personnes interrogées affirment se sentir en sécurité.
La sécurité extérieure porte sur les menaces existentielles dont l'origine se trouve à l'extérieur des frontières et qui sont dirigés contre le pays et ses habitants. Depuis la chute du mur de Berlin, la Suisse n'est plus guère menacée au sens militaire traditionnel.
Les menaces venues de l'entourage géographique proche de la Suisse vont diminuer tandis qu'une augmentation des menaces venant de pays plus éloignés est prévisible. Ce phénomène s'explique par la réduction des distances géographiques dans le fil de la mondialisation. En raison d'un tissu relationnel plus dense, la Suisse est plus dépendante et plus vulnérable à des événements qui se produisent à un point quelconque du globe. Il est par conséquent plus difficile de localiser géographiquement les risques et les menaces. Les acteurs qui représentent des menaces potentielles sont aussi de plus en plus difficiles à classifier.
Des menaces violentes dans le contexte européen ne seraient guère dirigées isolément contre la Suisse en qualité de nation.
Si menace extérieure il devait y avoir, ce seraient les partenaires classiques de la Suisse qui mettraient le pays sous pression (les USA, par exemple en liaison avec leur lutte contre le terrorisme). Il ne faut pas confondre la nette diminution des risques appelant une réponse militaire avec la perspective d'un monde globalement plus sûr, voire plus pacifique. La menace tend à être de plus en plus imprévisible (mots-clés: terrorisme, sabotage, prolifération des armes ABC).
Le potentiel de risque par rapport aux menaces non intentionnelles est appelé à fortement augmenter. Les risques écologiques et sanitaires, en particulier, joueront un rôle important. La misère, les maladies et épidémies (pandémies) ainsi que le réchauffement climatique avec toutes leurs conséquences sont à considérer comme des facteurs importants pour la politique de sécurité, et ce, parce que, dans le cas extrême, elles peuvent aussi engendrer des menaces au sens international classique. Citons l'exemple d'Etats cherchant à compenser la perte d'espace vital par l'expansion territoriale.
La déstabilisation politique (désagrégation des Etats) constitue un autre risque futur, surtout en association avec d'autres facteurs déjà évoqués.
Les gens acceptent de plus en plus de sacrifier des libertés individuelles au maintien de la sécurité. Dans une discussion marquée par la peur, on peut imposer sans trop de difficultés la restriction voire la suppression de libertés individuelles acquises de haute lutte avec pour but affiché d'améliorer la sécurité. On peut citer à ce propos l'autorisation d'importantes collectes de données ou l'installation de caméras vidéo. Il semblerait en principe de plus en plus payant de sacrifier la liberté à la sécurité. On note aujourd'hui une tendance générale à la répression. Il est dit partout que le monde serait moins sûr. Non seulement, on réclame des sanctions plus rigoureuses, mais aussi des sanctions pour des faits qui n'étaient pas répréhensibles jusqu'à présent.
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